Merci de nous accueillir dans l’atelier de peinture de
Dimension composite.
(Rires)
Curieux de vous avoir invité dans un pareil lieu!
Faire les choses différemment et se retrouver dans un poumon de ton entreprise, c’est symbolique. Revenons à toi. Quel est ton parcours?
À mon premier emploi de 1985 à 1989, je suis littéralement « tombé » dans la fibre de verre, chez Camoplast dans les Cantons de l’Est. J’ai fait mes classes dans le laboratoire, en ingénierie, en assurance qualité et, enfin, dans la mise en production. Fin prêt, je suis passé chez Maax en Beauce. Après Maax, avec deux associés, nous avons acquis en 96 la compagnie Xatec à Tring-Jonction. Nous sommes ensuite déménagés à Saint-Georges dans le Parc industriel, où nous avons pris le nom de Dimension composite. Comme j’étais le plus jeune, la loi veut que je sois là plus longtemps, j’ai donc acheté mes deux autres partenaires.
Tu as travaillé chez Maax. Est-ce que Placide Poulin, le fondateur, a eu une influence?
Son principe : une bonne équipe peut tout faire. Des débrouillards en ingénierie, en finance et en design forment un noyau très fort, et sa recette : tisser des liens solides entre chacun. J’ai appris là que le coeur valait plus que l’argent. Pour avoir une bonne table, ça nous prend de bonnes pattes.
Si je te dis Placide Poulin, tu penses à quoi?
Non, je ne suis pas gêné. Le mot, c’est « Clisse ». Et je le cite : « On va se retrousser les manches, se cracher dans les mains, puis on va le faire, clisse ! » Sa philosophie est que le client est important, s’il paie ses factures. Et un client mérite la qualité.
Tu sembles un type très technique. L’ingénierie t’interpelle beaucoup?
De par la nature de notre travail, obligatoirement. Les pièces
fabriquées ne sont qu’ingénierie parce que compliquées à réaliser. La maitrise de la production est essentielle. Facile de mélanger les ingrédients pour faire un gâteau, mais d’arriver à faire le gâteau, déjà, c’est moins facile. Pour faire des millions de Jos Louis, on doit être ingénieux.
La recette de ton succès?
Travail, structure, équipe et capacité de vendre.
À la base, je suis un gamin qui a « juste » grandi. Je suis curieux et un touche-à-tout. Tout m’émerveille. Il ne faut jamais cesser d’apprendre.
Tu fabriques, pour les Bombardier et les Alstom de ce monde, des pièces de trains, de métros, de motoneiges, etc. Fabriquez-vous des produits dont vous avez conçu le design?
Oui, nous avons quelques gammes de produits dont des bassins pour la pisciculture, des carrioles pour des VTT et motoneiges ainsi que des cabines pour VTT.
Tu m’as déjà dit que tu ne te servais pas de la publicité. Tu
es contre?
Absolument pas, mais dans notre domaine, la majorité de nos affaires se fait avec des multinationales. On ne nous choisit pas pour une jolie publicité. On nous prend pour nos compétences éprouvées. Dans notre domaine, le maître, c’est le réseautage.
Je viens de Baie-Saint-Paul dans le comté de Charlevoix. Et si je puis me permettre, la Beauce nous a bien accueillis et on a beaucoup aimé la région. Après toutes ces années, rien ne s’est démenti. Par contre, il nous manque le fleuve...
Pourtant, on a une rivière avec du caractère ! Et
qu’est-ce qui te déplaît en affaires?
(Hésitations, il aimerait mieux ne pas avoir à répondre)
Es-tu un jovialiste en affaires?
Oui. Comme je suis avant tout un vendeur, je suis un éternel
enthousiaste à faire valoir mes produits parce que j’y crois
énormément. On se doit d’être les meilleurs.
Donc, il n’y a rien qui te déplaise ou un type de caractère qui t’enquiquine?
L’hypocrisie, les négociateurs tous azimuts cherchant à manipuler les fournisseurs à la baisse.
La concurrence, comment la vois-tu?
La concurrence, c’est ce qui nous permet d’être meilleurs.
Est-ce que la Chine vous joue dans les pattes?
Pas directement. Nous faisons des grosses pièces difficiles à faire, à transporter et qui sont, en plus, vides à l’intérieur. Transporter de l’air, ce n’est pas rentable. Pour les pièces plus petites, la Chine est plus présente. Dans cinq ou dix ans, la Chine, l’Amérique du Sud, l’Inde seront à surveiller.
Au Québec, la Beauce est-elle la Chine avec, souvent, des salaires moins élevés?
Le coût de la vie est un peu moins cher parce que nous sommes plus efficaces et les salaires sont à mon avis 5 à 10 % moins chers que si j’avais mon entreprise à Montréal.
Tu vas répondre oui, mais est-ce que tes employés aiment travailler dans tes usines?
Absolument, nous avons un climat familial, on est tissé serré. C’est une des raisons pourquoi nous sommes plus efficaces.
Pendant que nous préparions l’entrevue dans l’atelier de peinture, Michel mon assistant et moi avons remarqué une employée, masque relevé, nous observant, intriguée par notre présence. Outre l’intrigue expliquée, je lui ai demandé sa fonction. « La finition des moules et des pièces. » Je lui ai posé quelques questions. Pour mieux me répondre, elle nous a amenés à quelques pas, sur le lieu de polissage. En deux temps trois mouvements, elle nous fit une démonstration de son savoir-faire, levant ainsi le voile sur mes interrogations de néophyte. J’ai compris, à la voir aller dans l’exécution et les explications, que cette employée adorait son travail. Une pareille attitude ne ment pas.
Les gens qui sont ici aiment ce qu’ils font et c’est le secret pour avoir une bonne ambiance de travail.
Quel profil d’employés recherchez-vous?
On regarde avant tout l’aspect humain, évidemment l’habileté manuelle et quelqu’un qui aime travailler en usine. L’usine est un milieu plus fermé que la construction. L’employé(e) doit aimer se réaliser, c’est notre garantie de qualité.
Justement, quelles sont tes qualités?
Mes plus grandes qualités : bon vendeur et beaucoup de débrouillardise.
Est-ce que la débrouillardise, ce n’est pas de la créativité?
Absolument ! Une personne qui facilitera la procédure de réalisation d’une pièce en usine est, à mon avis, une personne créative. Ça rend heureux parce qu’on se réalise.
Je t’ai entendu parlé de la Grande patronne, ton épouse. Quelle importance a-t-elle dans ta façon de travailler?
Mon épouse, ma famille, c’est le plus grand appui que je puisse avoir.
Beaucoup, beaucoup. Elle est très bonne pour montrer la bonne voie. Elle est la sagesse, je suis la folie.
Un homme d’affaires me disait récemment devoir changer son numéro de téléphone, un 774, pour un 228 afin de percer le marché de Saint-Georges. La réciproque est aussi valable. Que penses-tu de nos guerres de clochers?
(Songeur) Est-ce vraiment mauvais ? Est-ce vraiment mauvais qu’à Saint- Georges, les gens se protègent ? Et que l’on se protège des gens encore plus loin? Ce n’est pas nécessairement mauvais. Ça peut favoriser l’entraide et, de là, les corvées. Les gens autour de ta communauté seront plus intéressés par ce que tu fais, donc plus portés à t’aider. Et si à cause de cela, les gens ont un meilleur salaire, n’est-ce pas intéressant pour la région?
Sortons de l’entreprise. Comment trouves-tu l’urbanisme beauceron?
En arrivant à Saint-Georges, trouves-tu que ça nous ressemble ou que ça se rapproche plutôt d’un boulevard des Laurentides à Laval ou le boulevard Taschereau à Longueuil? Où est l’esprit georgien sur une artère pavée de bannières étrangères?
Tu aimerais arriver à Baie-Saint-Paul?
C’est ça! Du pittoresque qui me ressemble.
Ça s’est beaucoup amélioré avec le Rendez-vous à la rivière entre autres. Les petites entreprises dans le Centre-ville, depuis sept à huit ans, ça va dans la bonne direction. La culture, il faut l’entretenir, la cultiver, il faut être fier de ce que l’on a, de le préserver, de l’améliorer.
Quels sont tes restaurants préférés en Beauce?
À Saint-Georges, on est vraiment chanceux. On a plusieurs bons restaurants. Mon premier choix, La maison Vinot. Ensuite, La vieille tablée et La table du Junior.
Un esprit sain dans un corps sain, quel est ton crédo?
Oui, il y a autre chose que les affaires. Le sport que je préfère, c’est la marche avec ma femme, c’est là que l’on discute le plus, mais il y a aussi le badminton, la balle-molle, le volley-ball, la pêche et la chasse.
Merci, Jean-Pierre, merci pour le beau voyage à partir d’un simple atelier de peinture.
Je m’adresse à vous, lecteurs. Vous connaissez des entrepreneurs petits, moyens, grands, faisant la différence, suggérez-les-nous . Il se pourrait que, grâce à vous, notre fierté repose sur plus de références.